Melting-Trip

Entrée de février 2009

Jacques a aussi dit

14 février 2009 · Un commentaire

Previously on Jacques a dit : “Non, on ne veut pas de l’État, il doit y avoir un autre moyen pour que la middle class Américaine continue à consommer. Pourquoi elle n’emprunterait pas ?”

Emprunter, l’endettement, telle est la solution que les Américains ont choisi pour alimenter l’économie et poursuivre sur leur élan de croissance. L’État a donc permis aux ménages, même les plus modestes, d’emprunter . A la fois pour devenir propriétaires mais aussi pour consommer au quotidien. Comment? En garantissant certains emprunts et en lâchant du leste sur les contraintes que subissent les Banques pour pouvoir accorder du crédit. Nous avons déjà expliqué ici ce qui s’est passé ensuite.

Alors, les libéraux ont ils  eu tort ? Aurait il mieux valu faire un peu de socialisme pour maintenir une croissance « saine » basée sur la richesse réelle [et non pas la dette]? C’est toujours ce rôle de l’État qui fait la différence fondamentale entre la droite et la gauche. Mais ce qui est fait est fait. Comment faire maintenant pour que cela ne se reproduise plus? Pour répondre à cela, Jacques a proposé des mesures de nationalisation, de sensibilisation à la nécessité d’une certaine justice sociale… bref des idées de Gauche  que le MEDEF s’assurera de ne jamais faire passer à l’assemblée. Mais sinon, Jacques a dit : « il faut faire, à l’échelle du monde, ce que les États ont réussi à faire à l’échelle d’un pays, c’est à dire : avoir une présence faible [genre limitée à la garantie des libertés individuelles] mais intelligente ». la solution pourrait donc être celle des États Unis d’autrefois, sauf qu’il faut que l’État suive l’évolution technologique [qui a permis d'élaborer ces produits financiers toxiques, déconnectés de la réalité économique et diffusés à l'échelle du monde]. C’est un nouveau marché, il faut donc un nouvel État pour y garantir la liberté individuelle de ceux qui y sont connectés (les ménages dont les dettes s’y sont retrouvées). « Utopie! » lui a-t-on rétorqué. Jacques a dit alors que non, et que cela se faisait déjà dans plusieurs domaines : l’aviation car toutes les cabines de pilotage et tous les tours de contrôle sont régis par les mêmes règles, présentent les mêmes garanties et parlent le même langage, et le foot parce que quand la FIFA sort une règle, celle-ci est même appliquée par le joueur blédien au fin fond de son village d’Afrique. Jacques a donc dit que le plan américain était excellent mais qu’il ne suffirait pas car d’autres choses sont encore en gestation et pourraient donner naissance à un phénomène encore plus grave. Mais Il y a de l’espoir, l’Union Européenne peut en constituer une base solide et le nouveau leadership américain un moteur assez puissant.

Je m’arrête sur cette note positive. Désolé, j’ai essayé de faire au plus court mais c’est pas facile (son bouquin fait 200 pages). Voilà donc une autre de mes vulgarisations, en espérant vous avoir donné un autre éclairage, moins pessimiste et plus théorique sur cette crise. Il y a encore plein d’autres choses à dire mais Jacques vous les expliquerait sûrement mieux que moi. Et s’il devait y avoir un président du monde, je pourrais faire campagne pour le candidat ci-dessous, cause he’s Awesome !

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Jacques a dit

13 février 2009 · 5 commentaires

Ça y est, le plan que le monde attendait est enfin passé. Cette semaine, les sénateurs américains ont accepté le “Rescue, Reinvestment and Stimulus Plan” proposé par l’administration Obama pour enrailler la crise. Rappelons que tout a commencé aux States, il est donc normal de s’intéresser à ce qu’ils comptent faire pour y remédier. Que vaut vraiment ce plan ? Sera-t-il suffisant pour éviter que le monde et (surtout les States) ne s’engouffre dans une crise pareille à celle des années 1930 (avec des taux de chômage encore inégalés à ce jour) ? Je suis allé, avant hier, à la mairie du 3ème, poser la question à l’un des plus éminents économistes Français de la génération actuelle, Jacques Attali. Bon d’accord, je ne lui ai pas posé la question en personne. C’était une conférence sur le thème de la crise avec en support, le best seller du moment « La crise, et après ? » qu’il a publié il y a quelques temps. Une réunion en petit comité avec une session de questions/réponses à la fin pour tenter d’apporter un éclairage sur ce qui s’est passé, ce qui pourrait encore arriver et sur comment agir pour que cette spirale soit arrêtée. Mais plus encore, c’était l’occasion de faire mon malin : après avoir lu son bouquin (assez technique au début, il faut s’accrocher un peu, mais plus simple et plus intéressant vers la fin où il apporte les éléments de réponse) j’avais envie de le titiller sur l’explication théorique qu’il apporte à la crise notamment dans le chapitre 5 intitulé « socle théorique des crises et des réponses ». En effet, Jacques a dit que la fonction des Banques était de faire correspondre un besoin d’argent avec des ressources (les emprunteurs vs les épargnants) moyennant finance (les taux d’intérêt). Partant de ce principe, il diabolise ensuite Banquiers et Financiers (qu’il appelle les « initiés »), les accusant d’avoir perverti les systèmes. Ayant trouvé cette explication stylée, je me suis empressé d’en parler autour de moi. Je me suis  fait vite rembarrer avec cette simple question : quel Banquier se dit : « tiens, aujourd’hui je vais encore faire bien correspondre les ressources et les besoins des acteurs de notre économie, louloulou » ? J’en veux donc à Jacques d’avoir essayé de me carotte avec une conception « socialiste » et non plus pragmatique des choses, même s’il s’est bien gardé de le classer dans la partie « théorie » de son bouquin. C’est donc d’un air sournois, chargé d’humour sardonique (vous ne savez pas ce que ça veut dire hein, moi je sais…) et d’un pas décidé que je m’en suis allé faire le trouble fête dans ce « think tank » ouvertement de gauche.

Il est 19h10 (la séance devait débuter à 19h) lorsque j’arrive à la jolie mairie du 3ème. Bâtiment de type « ancien », tapie rouge « toute douce que t’as presque envie de t’y allonger », de grands piliers et des tapisseries style « royauté, qui ont l’air de coûter chères » et le froid caractéristique des bâtiments administratifs qui, on ne sait pourquoi, impose le silence et te fais te sentir « Toonaz ». J’arrive dans la salle, elle est déjà comble. Un petit coup d’œil pour constater qu’il y a plus de jeunes que la dernière fois (oui je suis venu la semaine dernière, il y avait Hubert Vedrine, on a parlé du « Monde avec Barack Obama » : conflits au Moyen Orient, l’Europe, diplomatie… géopolitique quoi). Moyen d’âge 37ans, je soupçonne la moitié des personnes présentes d’être des profs d’éco, un quota mâle/femelle assez équilibré et moi, représentant le tiers de la minorité visible dans un périmètre de 200m².  Et puis Jacques à dit : « Bonsoir… » et tout le monde s’est tu, concentré, les sourcils froncés, pendu à la voix du maitre. Certains acquiesçant les yeux fermés sur le point de dire « Amen », d’autres essayant désespérément de noter tout ce qu’ils pouvaient. Il faut dire que le mec est impressionnant. J’ai moi-même été bluffé par la vue qu’il a sur l’histoire, sur l’actualité sans jamais paraitre hors du temps, parlant des avancées neurologiques et nano technologiques en cours…

20h15, l’heure des questions/réponses, à moi de jouer, héhéhé. Le problème était que j’étais assez loin, et pas mal de personnes avaient déjà levé la main, oligopolisant le temps restant. Frustré, j’écoutais, VNR, les questions de merde de personnes qui ont dû s’assoupir pendant que Jacques parlait ou qui n’avaient pas lu le bouquin (je me la raconte un peu ou pas ?). C’est alors qu’une fille s’est levée, grande, blonde, habillée  comme sur les vitrines de Cop copine. A ce moment là, on pouvait lire dans les yeux de tout le monde « elle va sûrement demander où se trouve l’agence de mannequin du 3ème arrondissement parce qu’elle s’est perdue. Ça peut être que ça. Ahahahah hahah », chacun se regardant, hochant la tête après avoir deviné ce que l’autre pensait. Mais il n’en a rien été et elle a finalement pointé du doigt un élément qui rejoignait ma question. Alors, Jacques a dit que pour comprendre sa théorie sur ce qui a mal fonctionné, il fallait revenir aux aspirations profondes de l’homme, celles de liberté. La liberté individuelle, valeur que l’homme place au-dessous de tout, s’il pouvait l’homme s’affranchirait même de la mort. Liberté individuelle donc et plus concrètement, liberté de marché.

L’homme est donc par nature, libéral. Seulement, pour que cette liberté puisse bien s’appliquer, il a fallu créer des règles, ne serait-ce que pour garantir le droit de propriété sans quoi ça ne sert à rien d’être libre. C’est ainsi que l’homme a créé l’état de droit plus stylément appelé la Démocratie. L’homme peut désormais entreprendre sans avoir à craindre qu’on vienne lui voler le fruit de son travail. Il est libre de se faire de la tune. S’il est bon, le marché le récompensera et fera naturellement de lui un homme riche. S’il est Toonaz, ben il devra faire de son mieux pour ne pas rester pauvre. L’homme peut également compter sur le marché (particulièrement sur le système financier) pour rester riche : si tu as l’information et l’argent, tu peux devenir super-riche. Il te suffit de jouer en contre. C’est ainsi que les États-Unis ont fonctionné depuis la fin de la seconde guerre mondiale. On a vu l’État reculer de plus en plus, des grosses fortunes se constituer mais également des ascensions fulgurantes s’opérer, renforçant un peu plus l’American way of life et la magie de l’American Dream. Mais on a également constaté que le revenu de la classe moyenne américaine n’a plus augmenté, toute chose égale par ailleurs, depuis 1975. Ben oui, si le jeu du marché permet à d’illustres inconnus d’atteindre les sommets du monde, il permet également à ceux qui sont déjà au sommet d’y rester. La classe moyenne n’a donc qu’à faire mieux. Le problème est que, si cette classe moyenne, qui représente environ 80% des ménages américains, ne consomme pas plus, la production n’augmentera pas et les profits non plus. Que faire ? Obliger les entreprises à payer davantage leurs employés ? Qui les obligera ? L’État? « Il en est hors de question » ont répondu les Américains, « nous ne sommes pas des socialistes. Le marché nous convient, tout le monde est d’accord, chacun est rémunéré au mérite de son travail. D’ailleurs tous nos partis politiques (les 2) sont de droite (au sens Français). Non, il faut trouver une autre solution pour que ces ménages consomment davantage ». C’est là qu’ils ont eu cette idée de génie, « ils n’ont qu’à emprunter… »

Suite au prochain épisode…

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